Anxiété

Transparence nécessaire? Sensibilisation?

Certains trouveront que c’est trop. De « l’oversharing ». Ils diront que ce n’est pas nécessaire d’expliquer tout ça de long en large. Pourquoi étaler toutes ces émotions sur la toile au vu et au su de tous et qui plus est en y signant mon propre nom? N’est-ce pas malsain d’être aussi transparente? Parler si ouvertement de diagnostics? D’anxiété? De choc post-traumatique? Du fait que je ne voulais pas d’un enfant handicapé? Des hauts et des bas que j’ai traversés? À quel point la transparence devient-elle de la sensibilisation? À quel moment dépasse-t-on une limite?

Le jour où j’ai pris la décision d’ouvrir mon blogue, je me suis posé toutes ces questions aussi. La peur et les craintes m’ont fait hésiter plusieurs fois avant de publier les premiers billets. J’ai lu, j’ai relu, j’ai corrigé. J’ai pensé aux gens de ma famille, à mes proches. Je me suis demandée comment ils vivraient ça. Certains ne savaient même pas toutes les émotions que j’avais vécues et l’apprendraient comme ça. Certains le savaient, mais entre le savoir et le lire, il y a une marge. Les mots écrits portent parfois plus.

Je me suis questionnée, mais ma réponse était claire et nette: Oui! C’était vraiment nécessaire.

Le support qui n’aide pas toujours

Au cours des dernières années, je me suis inscrite sur plusieurs groupes de support ayant lien avec la différence chez les enfants. Dans ces groupes comme partout ailleurs sur la toile, on parle beaucoup des succès. On parle beaucoup du beau. Les personnes qui ont une opinion claire l’exprime haut et fort. On parle rarement des doutes, des problèmes d’acceptation, des problèmes de santé mentale qui viennent avec l’épuisement. On exprime moins fort le difficile et les craintes. Il y a parfois des incompréhensions qui viennent avec les différences d’opinions, comme dans la vraie vie. C’est normal.

Comme sur tous les média sociaux, certains parlent plus fort que d’autres. Les gens qui doutent, qui se sentent insécures ou manquent de confiance ont souvent de la difficulté à s’y retrouver parce qu’il y a peu ou pas d’opportunités pour s’exprimer à ce sujet. C’est difficile pour eux. C’était difficile pour moi. Je craignais le jugement, j’étais si mal dans ma tête.

J’étais de ces mamans qui ont douté, qui se sont senties seules, même sur les groupes de support.

Le blogue a été pour moi l’opportunité d’enfin exprimer tous ces doutes et de connecter avec d’autres parents qui les ont vécu aussi. Ça m’a fait un bien immense. Ces doutes ne font pas de moi une moins bonne mère ou une femme moins forte, ils font de moi la femme et la mère que je suis. Tout simplement.

Le doute

Si souvent je me suis demandée pourquoi je continuais à suivre des groupes de support qui me faisaient sentir seule. Parfois, mon opinion était tellement loin de celle des autres (de ceux qui s’exprimaient) que ça me blessait encore plus. Je n’osais pas nommer comment je me sentais parce que je ne voulais pas me faire dire que je n’avais pas raison de me sentir comme ça.

Je sais maintenant que ce sont les petites voix de l’anxiété qui me faisaient sentir comme ça.

Exprimer mon opinion face aux autres me semblait au dessus de mes forces, je ne me sentais pas prête. C’est à ce moment-là que j’en aurais eu le plus besoin pourtant. Je fréquentais les groupes de support pour me sentir moins seule et parce que mon opinion était différente des autres, je n’osais pas la dire. J’étais fragile et je m’isolais d’avantage. Où est la logique?

Ce n’est pas la faute des groupes, c’est la faute de l’anxiété, mais avant de savoir, ça aura pris du temps.

Toutes ces années, j’espérais que quelqu’un dise ce que je taisais pour enfin avoir un allié. J’ai lu, j’ai attendu. J’ai partagé mes bons coups, mes fiertés, mes moments de joie. Je n’ai que très peu exprimé mes craintes et mes frustrations et encore moins partagé ma souffrance et ma solitude, ni mes doutes et mes inquiétudes, parce que je ne me sentais pas assez forte pour le faire.

Transparence pour moi avant tout, mais aussi pour les autres

En ouvrant le blogue, j’ai ouvert une porte. J’ai d’abord ouvert la porte à mes mots. Je les ai laissé couler sur le clavier. Je les ai laissé jaillir comme je ne me l’étais jamais permis. J’ai pleuré, beaucoup en écrivant ces textes. Ça m’a fait revivre plusieurs moments difficiles où la solitude me pesait. En me libérant, j’ai espéré très fort que ces mots se rendent aux personnes qui en avaient le plus besoin, celles qui se sentaient seules aussi.

J’ai rêvé que ceux et celles qui vivaient la même solitude que moi puissent enfin lire, en noir sur blanc, qu’ils ne sont pas seuls à douter à chaque instant.

Que l’amour peut cohabiter avec la souffrance et l’anxiété. Et que surtout, un jour, c’est possible d’arriver à surmonter tout ça. Malgré les difficultés. C’est possible d’enfin pouvoir prendre une grande respiration et sentir nos poumons se remplir d’air. C’est possible d’arrêter de se sentir comme si on se noyait dans le chagrin.

Oui, un jour, ça peut arrêter.

J’espère que ces billets traverseront la toile et parviendront aux gens qui ont vraiment besoin de lire ces mots, que les gens qui veulent croire que c’est possible puissent savoir que ce l’est. J’espère avoir pu sensibiliser quelques personnes à travers mon blogue de manière à briser ces silences insoutenables et qu’enfin, la solitude n’existera plus.

Je n’ai plus de doute quant à l’importance de ce que j’écris, parce que je sais à quel point ça m’a fait du bien à moi d’enfin l’exprimer.

Je sais aussi à quel point ça m’aurait fait du bien de le lire dans ces moments difficiles.

Voilà!

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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