imposteur
Anxiété

Être maman et vivre avec le syndrome de l’imposteur

Si j’avais à décrire ma relation avec la maternité ces dernières années, je pourrais facilement dire que je ressenti très fortement le syndrome de l’imposteur. Ce qui m’a le plus miné en vivant avec ces émotions, c’est qu’à chaque fois où quelqu’un m’a fait un compliment, soit je le minimisais, soit je prêtais des mauvaises intentions à l’auteur des bons mots. Mon doute constant était fortement lié à mon anxiété, parce qu’il faut être honnête, anxiété et manque de confiance en soi vont souvent de paire.

Le syndrome de l’imposteur, également appelé syndrome de l’autodidacte, induit une forme de doute maladif chez les personnes qui en sont victimes. Ces doutes les incitent à nier la propriété de tout accomplissement, qu’il soit professionnel ou privé. Selon cette théorie, les victimes ont donc tendance à rejeter systématiquement le mérité lié à leurs travaux et attribuent leurs succès à des éléments extérieurs comme la chance, le travail acharné, leurs relations, certaines circonstances exceptionnellement favorables…

Ces personnes doutent en permanence, et croient duper leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs : ils vivent en craignant d’être démasqué d’un moment à l’autre. – Source Passeport Santé

Qu’est-ce qui mène là?

Je  n’ai pas de réponse exacte. Je vais donc vous parler de mon expérience.

Personnellement, je croyais être prête à avoir mon premier enfant. Force a été de constaté que tous les scénarios que je m’étais faits ont été contredits allant de l’induction à la césarienne non prévue en passant par l’allaitement difficile au début. Je croyais vraiment être prête mentalement à affronter la maternité, mais la vie m’a montré que c’était plus difficile que ce que je m’étais imaginé.

Suite à cet « échec », j’ai eu de la difficulté à reprendre confiance en moi. Je mets « échec » entre guillemets parce que ce n’est tellement pas ça. Mais sur le coup, avec les hormones, la fatigue et tout, j’ai dû apprendre à voir ces petites embuches comme des apprentissages plutôt que comme des échecs justement. J’ai dû me pardonner, même si techniquement, je n’avais rien fait de mal. Je me sentais faible d’avoir trébuché. Ce contact avec la maternité m’a fait voir qu’il était impossible d’être réellement prêt à 100% avec un enfant, qu’il fallait lâcher prise sur certaines choses, que l’enfant allait avoir le contrôle de certains aspects de notre réalité, et que c’était bien correct comme ça.

syndrome de l'imposteur

Je croyais avoir réussi à lâcher prise comme il faut quand j’ai eu mon deuxième. Je n’avais pas fait de plan de naissance. J’arrivais à l’accouchement très stressée à cause des inquiétudes qu’on avait eues pendant la grossesse, mais très détendu par rapport à l’arrivée d’un nouvel enfant. J’ai vécu mon accouchement d’une façon très différente et tout s’est passé comme j’aurais voulu l’écrire dans mon plan finalement. Ceci dit, j’ai encore eu un choc suite à la naissance. La vie s’était chargée de me faire un autre signe que ce n’était pas moi qui avait le contrôle. Et j’ai perdu pied.

Suite à la naissance de mon deuxième garçon, j’avais l’impression que je ne connaissais rien à la maternité. Je n’avais plus aucune certitude. J’avais l’impression que tout ce que j’avais appris au premier ne me serait pas vraiment utile. Ils étaient si différents. Bien sûr, à ce moment, j’étais dans un moment de ma vie où l’anxiété était très grande, je venais de vivre un choc et je devais continuer à faire de mon mieux pour que mes enfants aient tout ce qui fallait. Je devais être proactive. Je fonçais pour tout faire, en ne me permettant pas d’erreurs ou de relâchement. Mais à l’intérieur, je doutais de moi, constamment.

Qu’est-ce qui arrive?

Je peux dire que j’ai réellement commencé à ressentir le syndrome de l’imposteur après mon deuxième. J’avais l’impression que je devais tout faire pour combler les lacunes du système. J’avais l’impression que je ne pouvais pas m’accorder du temps, tant qu’il n’aurait pas tout ce qui était nécessaire pour qu’il atteigne son plein potentiel à lui. Sans me rendre compte, je m’enfonçais.

Toute cette énergie que j’accordais à mes cocos et que je ne m’accordais pas, ça a laissé sa trace. Toute cette énergie que je mettais à faire un boulot de thérapeute à la maison, de recherche, de taxi, malgré les doutes constants, ça m’a épuisée. À cette époque, je ne pouvais même pas compter sur une pédiatre à l’écoute. Elle ne nous écoutait pas, elle ne se renseignait même pas sur les tests et les suivis nécessaires pour les enfants avec la trisomie 21. Avant chaque rendez-vous avec elle, je lisais un document créé par l’Association des pédiatres américains pour voir pour quels spécialistes mon fils devrait avoir des références ou quelles prises de sang il devrait avoir. Je sentais que je ne pouvais pas avoir confiance en elle, ce qui accroissait encore la nécessité que je voyais à être infaillible. Heureusement, on a pu faire transférer son dossier vers un autre médecin quand il a eu quelques mois, mais le mal était fait.

Comme je « devais » être infaillible, chaque erreur que je faisais me faisait sentir incompétente. Pourtant, je ne suis ni spécialiste, ni thérapeute, ni pédiatre, mais je portais tellement tout à bout de bras que je percevais chaque erreur ou oubli comme une montagne.

Les autres

De l’extérieur, j’ai pu avoir l’air d’une maman qui avait tout sous contrôle. Je me rappelle avoir eu des commentaires de gens dans les salles d’attente ou dans des activités. Des gens avec qui je discutais et qui exprimaient leur admiration à « gérer » mes enfants aussi bien, à prendre soin d’eux pendant l’attente, à être à l’écoute de tout le monde en même temps. Alors que j’aurais dû accepter les compliments, je voyais ces commentaires comme un peu irréalistes. Ces gens ne voyaient pas mes failles, ils ne voyaient que quelques minutes de ma vie. Je minimisais donc ces marques de gentillesse. Les moments où j’étais impatiente avec mes enfants, je réentendais ces commentaires et ça me « confirmait » que je n’étais pas une si bonne mère. Je n’avais pas tout sous contrôle, j’avais été impatiente.

Quand mon mari me disait que j’avais fait un bon coup ou que j’étais bonne. Je me disais qu’il me complimentait pour que je continue à me débrouiller seule. Sans prendre en compte le fait qu’il travaille à l’extérieur, ses compliments à lui je ne les minimisais pas à proprement parler. Ils me blessaient plutôt que de me faire plaisir.

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Comment se sortir du cycle

Pour moi, un élément important pour m’aider a été d’aller consulter pour mon anxiété. Ce n’est pas magique, mais ça aide. Lâcher prise sur certaines choses m’ont aussi aidé, être moins exigeante envers moi-même. M’accorder du temps, pour moi, ça a également été essentiel. De petits gestes quotidiens qui m’ont permis de mieux m’aimer.

Si vous ressentez le syndrome de l’imposteur, prenez le temps de vous arrêter pour bien comprendre d’où sa vient. Si vous n’arrivez pas à trouver seul, n’hésitez pas à aller consulter. Ça peut faire une énorme différence dans votre vie.

Je ne dis pas que je ne le ressens plus jamais, mais dans les derniers mois, j’ai appris à faire la paix avec beaucoup de choses et ça fait un bien fou!

Vous arrive-t-il de ressentir vous aussi le syndrome de l’imposteur face à votre rôle de parent?

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2 commentaires

  • Julie Méjat

    C’ Un excellent article. Je vis le syndrome de l’imposteur au niveau professionnel et cela fait que je ne suis jamais capable de chercher un boulot où il y a des choses que je ne maîtrise pas, je suis incapable de me « vendre » et surtout je me dévalorise, ce qui me fait accepter un salaire moindre. Je travaille là dessus avec ma psychologue.

    • Karine
      Auteur

      Merci pour ton commentaire. 😘 C’est difficile de se sentir constamment incompétent ou inadéquat. Connaître/reconnaître sa valeur, c’est tellement précieux. 🌸 Je t’envoie plein de douceur.

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