Après ma dépression, j'ai perdu mon nuancier à émotions. Je dois réapprendre à évaluer et nommer correctement les émotions qui m'habitent de manière à les modéliser correctement pour mes enfants. Voici les émotions qui sont les plus difficiles à déterminer pour moi et les moyens que je mets en place pour m'aider dans cette démarche. #émotion #gestiondesémotions #anxiété #dépression #intensité #sensibilité #développementpersonnel #sécouter #santémentale
Anxiété

Réapprendre à nommer ses émotions en tant qu’adulte

J’aurais tendance à dire que depuis ma dépression, j’ai un peu perdu mon capteur à émotions. Je les ressens vraiment, mais on dirait que tout est plus intense qu’avant. Je ne sais pas si j’ai toujours été comme ça dans le fond et que ma dépression a brisé mon filtre ou si c’est quelque chose qui est venu avec la maternité tout simplement. On dirait que j’ai un peu perdu mon gradateur à émotions et que trouve difficile d’en nommer certaines, plus nuancées.

La colère

J’étais chez la psy et je discutais d’une situation. Je lui parlais de colère. Je bouillonnais en dedans. Elle m’a posé certaines questions et dans le fond, ce n’était pas tant de la colère que je ressentais, mais de la déception. J’avais des attentes déçues et ça se traduisait en colère. Mon cerveau n’arrivait plus à distinguer les deux.

Ça fait 4 ans depuis cette rencontre et pourtant, je m’en rappelle comme si c’était hier, parce que ça m’avait saisi.

Au quotidien maintenant, j’essaie de m’apaiser, mais ça m’arrive de m’emporter pour des choses simples, surtout quand je suis fatiguée. Quand mon fils HPI a des crises et que je lui parle de son niveau de réaction, je n’ai pas le choix de faire des parallèles avec moi et ça me perturbe un peu comme maman. Je le sais que dans les dernières années, je n’ai pas toujours été le meilleur modèle pour lui.

La honte

J’en ai déjà parlé. C’est une émotion qui m’a beaucoup habitée. La honte. Justement dans les situations où je me suis mise en colère pour des choses absurdes, parce que mon nuancier à émotions est un peu abimé. Des fois, je me dis que je suis peut-être daltonienne des émotions.

Bref, la honte est un sentiment très fort pour moi. Je ne sais pas à quel point il est présent chez d’autres parents. J’ai l’impression que s’en est un qu’on peut percevoir seulement après coup, quand on prend le temps de se poser et de comprendre pourquoi on était aussi mal à l’aise.

Je confonds la honte avec la colère parfois, ou la déception, ou la tristesse même. J’ai déjà pleuré de honte avant d’arriver à lâcher prise sur certaines situations sur lesquelles je n’avais aucun contrôle. Parce que c’est ça aussi, et j’y viens plus tard.

La tristesse

J’ai toujours eu la larme facile. Mais depuis que je suis maman et encore plus depuis que j’ai fait ma dépression, c’est décuplé. En fait, des fois, je pleure de colère, de honte et aussi de tristesse. (Et aussi de joie et de fierté, mais j’en reparlerai après.)

La tristesse est un sentiment que je confonds parfois avec d’autres comme la déception et la honte justement. C’est vraiment étrange d’associer une réaction du corps, les larmes, à une émotion. Pourtant, les larmes ne sont pas là seulement pour la tristesse, mais on dirait que mon cerveau associe tellement les deux qu’il ne comprend plus très bien ce qu’il vit.

La fierté

Il est arrivé une situation cette semaine. Souvent, en quittant la garderie à la fin de la journée, c’est un peu le chaos avec les enfants. Je travaille très fort à faire taire la honte justement et à lâcher prise quand je perds un peu le contrôle sur eux. Tant que ce qu’ils font n’est pas dangereux, j’essaie de les ramener à l’ordre doucement et de faire du renforcement positif quand ça se passe bien, pour ne pas encourager les comportements moins adéquats (comme courir dans le stationnement, disons).

Bref, tout s’est déroulé de façon impeccable et tout le monde était assis et attaché dans l’auto dans un temps record. Je me retourne vers le siège arrière et je dis : « Wow les gars! Good job! Je suis vraiment contente de vous autres! » Contente étant un mot simple lié à la joie, ce n’est pas exactement ce que je ressentais, mais je l’ai utilisé sans y penser. Mon coco de 5 ans me reprend : « Proud maman, proud! » Oui, ce que je ressentais, c’était vraiment de la fierté. Pas de la joie, non. Un sentiment plus grand que ça. Même lui reconnait mieux les émotions que moi à certains moments, j’ai du travail à faire.

Nommer ses émotions et les accepter

L’importance du modèle

Comme adulte, comme parent, pour aider les autres à exprimer correctement les émotions avec nous, il faut commencer par le faire soi-même. Mon grand garçon HPI a beaucoup de difficulté à nommer ses émotions, ça fait partie de ses défis. C’est vraiment difficile pour lui d’apprendre à le faire si de mon côté je ne le fais pas correctement. Déjà, il est très intense lui-même et modélise tout au pied de la lettre donc si je lui dis que je suis fâchée alors que je suis déçue, il ne pourra pas apprendre à distinguer les deux et sera toujours en sur-réaction.

Pour me réapproprier mes propres émotions, j’ai dû faire beaucoup de travail sur moi, et je dois persévérer là-dedans. Je ressens encore les émotions de façon beaucoup plus intense qu’avant. Étant donné cette nouvelle intensité, je dois réapprendre à reconnaitre les émotions en quelque sorte, puisqu’elles ne font plus réagir mon corps de la même façon.

Prendre conscience et chercher des outils

Personnellement, la première chose que j’ai faite a été d’en parler à une professionnelle de la santé. Ça a été bénéfique. En fait, j’ai parlé de mes émotions avant même de comprendre qu’elles étaient trop intenses. J’ai dû ensuite accepter ce fait et cheminer là-dedans. La prise de conscience est un étape primordiale avant toute chose.

La méditation, les respirations m’ont aussi aidée. Ces techniques ne diminuent pas réellement l’intensité avec laquelle je ressens les choses, mais me permet d’être plus calme donc je peux prendre un temps d’arrêt avant de réagir, ça aide beaucoup.

Régulièrement, je prends le temps de lister mes ressentis, que ce soit par écrit ou dans mes pensées. Je prends le temps de me poser et analyser si j’avais bien reconnu l’émotion qui m’habitait. Ça me permet de les reclasser parfois, comme avec la honte, par exemple. De cette façon-là, les fois suivantes, j’ai une réaction plus posée, appropriée.

Être bienveillant envers soi-même

Je sais que la fatigue et la surstimulation diminue mon aptitude à bien réagir face aux émotions. J’ai plus de difficulté à lâcher prise aussi. Autant que possible, je me respecte dans cette limite et j’essaie de prendre des pauses. Je me questionne à savoir si je serais moi aussi HPI parfois ou hypersensible. Ça reste des hypothèses pour le moment, mais ce dont je suis sûre c’est que d’être bienveillante envers moi-même est la clé pour éviter de dépasser mes propres limites.

Accepter qu’on change, qu’on vive les émotions différemment « qu’avant » peut prendre du temps. La vie est un chemin qui nous amène sur des détours particuliers.

Vous êtes vous déjà arrêté pour analyser vos propres émotions? Arrivez-vous à toutes les classer correctement? Avez-vous déjà vécu quelque chose de similaire à ce que je décris ici?

Après ma dépression, j'ai perdu mon nuancier à émotions. Je dois réapprendre à évaluer et nommer correctement les émotions qui m'habitent de manière à les modéliser correctement pour mes enfants. Voici les émotions qui sont les plus difficiles à déterminer pour moi et les moyens que je mets en place pour m'aider dans cette démarche. #émotion #gestiondesémotions #anxiété #dépression #intensité #sensibilité #développementpersonnel #sécouter #santémentale

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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