Kaylynne Johnson est une mère et une femme magnifique. Dans cette entrevue, elle nous parle avec douceur et authenticité de ses enfants, mais aussi de sa vie professionnelle et personnelle, sans filtre. #résilience #maman #femme #pigiste #TSA #autisme #innondations
Petite douceur

Entrevue avec Kaylynne Johnson, mon modèle de résilience

Depuis que je blogue et que je furette davantage sur les médias sociaux, Kaylynne a attiré mon attention. Je ne pourrais pas dire exactement où nos chemins se sont croisés pour la première fois, mais j’ai tout de suite aimé son énergie, son authenticité et sa simplicité.

Les derniers mois ont été pour le moins bien remplis. Sa résilience a transpercé l’écran et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu lui proposer une entrevue. Je suis très honorée aujourd’hui qu’elle ait accepté de répondre à mes questions, parfois indiscrètes, par courriel.

Kaylynne, la maman

D’abord, bonjour. C’est un peu étrange de faire ça comme ça puisque c’est une entrevue par courriel, mais j’ai envie de te demander de te présenter en quelques mots.

Haha! Bien sûr! Je suis Kaylynne Johnson, une designer web, formatrice WordPress ex-enseignante au primaire réfugiée climatique (pour de vrai!) qui habite en Beauce. Mais avant tout, je suis la maman de Vincent et Renée.

Pigiste

On ne se connait pas en vrai, alors j’aimerais beaucoup savoir ce qui t’a poussée à commencer à travailler à ton compte.

En fait, j’ai eu un parcours scolaire et professionnel assez typique, jusqu’à un certain point. Je dirais que le premier déclencheur a été ma découverte de la bande dessinées québécoise et des blogues de BD qui prenaient forme. J’adore dessiner et raconter, la bande dessinée était alors un medium de choix pour moi!

J’ai débuté un blogue de bande dessinée d’auto-fiction alors que j’étais encore au BACC en enseignement. Par la bande, ça m’a également permis de faire mes premières armes avec le monde du web.

Toutefois, je vivais beaucoup de frustration en utilisant les logiciels de dessin et de traitement d’images. Je ne connaissais pas la bonne façon de m’en servir, mon travail était long et ardu. Je caressais secrètement le rêve de me former en design graphique pour pouvoir devenir auteure et être éditée.

Parallèlement à mon amour de la BD, mon entrée sur le marché du travail ne s’est pas super bien déroulée. J’ai vite constaté l’écart entre l’idée que je me faisais de l’enseignement et ce que c’était que d’avoir les deux pieds dedans. Être avec les enfants, c’était le beau bout! La préparation, la correction, la gestion des parents et même des autres profs… ça je l’avais pas vu venir! Haha! Tranquillement, à force que mon amour de la BD grandissait, mon enthousiasme pour le monde de l’enseignement diminuait.

Puis, une de mes collègues illustratrice m’annonce qu’elle se lance à son compte dans le monde de la pige et de l’illustration. J’étais vraiment, sincèrement contente pour elle. Mais j’étais également jalouse. Vraiment jalouse.

Pourquoi? L’envie nous aiguille souvent vers nos véritables désirs. Et moi, je voulais me lancer à mon compte. Quelques semaines plus tard, j’étais inscrite au DEP en infographie et l’automne suivant je débutais une formation qui allait me permettre de me lancer à mon compte.

Mais je l’ai pas fait! haha!

Au terme de ma formation, j’ai décroché un stage en agence suite auquel j’ai été engagé. Étant la seule employée, je me chargeais de tout: rédaction, traduction, branding, graphisme et conception web, pour ne nommer que quelques-unes de mes tâches. J’y ai travaillé 5 ans, puis suite à mon deuxième congé de maternité, je me suis lancée!

J’avais pas de plan, pas de clients. Je savais juste que je ne pouvais pas faire autrement. Ça a vraiment été la meilleure décision de ma vie.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’être pigiste et maman?

Le principal avantage, c’est la flexibilité d’horaire. Si un de mes enfants est malade, si je dois prendre un rendez-vous, j’ai la liberté d’ajuster mon temps de travail conséquemment. De même que je peux choisir de terminer une journée de travail plus tôt pour me mettre à mon souper avant le retour des enfants, ou permettre à tout le monde d’avoir un matin plus slow, sans horaire strict à respecter.

En même temps, cette flexibilité fait en sorte que je suis le parent «par défaut». Plutôt que de prendre congé à tour de rôle, c’est sur moi que repose principalement la responsabilité d’être disponible en cas de besoin. Évidemment, ce n’est pas toujours le cas, mais c’est souvent comme ça que ça se passe lors d’imprévus.

La famille face à un diagnostic de TSA

Tu ne te gênes pas pour montrer tes enfants sur les médias sociaux. Ton fils Vincent a récemment reçu un diagnostic de TSA. Que connaissiez-vous de l’autisme avant que ça entre dans vos vies?

À cause de mon background d’enseignante, je connaissais déjà les bases de ce que pouvait être l’autisme. Avec le recul, je me rends compte à quel point l’information que j’ai reçue lors de ma formation universitaire était minime et stéréotypée.

Je pensais que si un enfant peut te regarder dans les yeux, il n’est pas autiste. Ou encore qu’une personne autiste allait vivre dans son monde sans aucun moyen de communiquer avec les autres. Alors que c’est complètement faux!

C’est fou à quel point les manifestations de TSA peuvent différer d’une personne à l’autre.

À la maison, au quotidien, qu’est-ce que ça implique de vivre avec un enfant ayant une TSA? Quelles adaptations devez-vous faire pour que ce soit plus doux?

On a des défis, mais heureusement pour nous, Vincent est un enfant qui a peu de rigidités. Il mange de tout, dort n’importe où, n’importe comment et ne tient pas à une routine fixe.

Sa rigidité se manifeste surtout dans les transitions d’une activité à une autre. Par exemple, si c’est l’heure de manger, mais qu’il est en train de faire autre chose, il ne voudra pas cesser son activité. Pour un oeil extérieur, ça peut vraiment ressembler à de l’opposition, mais ce n’est pas du tout ça. Vincent n’est jamais dans une lutte de pouvoir. Il cherche simplement ce qui fait du sens pour lui.

Son TSA est également perceptible lorsqu’il côtoie d’autres enfants de son âge. Il est très maladroit pour entrer en relation, parle peu, a de la difficulté à partager le jeu. Pour ces raisons, il est souvent plus à l’aise avec des enfants plus jeunes, ou avec des enfants plus moteurs, moins axés sur les jeux symboliques.

On apprend à aider Vincent en même temps qu’il vit ses défis. Il y a des situations qui se produisent vraiment mieux ou vraiment moins bien que ce qu’on peut anticiper, alors le mieux qu’on puisse faire c’est de ne pas avoir d’attentes et de l’accompagner dans le moment présent, au jour le jour.

Nous n’avons pas encore mis de stratégies en place à la maison. Nous débutons tout juste notre suivi avec le CRDI et je sens qu’ils pourront bien nous outiller. Sinon, nous avons consulté une orthophoniste au privé afin de l’aider au niveau de son langage puisqu’il a un retard sévère à ce niveau.

Viens voir ce que j'offre comme service d'accompagnement. Toi aussi tu peux devenir parfaite, atypiquement parfaite.

Au point de vue des services? Je comprends que vous avez commencé à recevoir des services. Comment ça fonctionne dans votre région? Qu’est-ce qui est disponible pour lui? Pour vous? Avez-vous du support? Des groupes de parents?

Nous avons attendu 9 mois suite à son diagnostic avant d’avoir une première rencontre avec le CRDI. Auparavant, des ateliers pour les parents nous ont été proposés. Sinon, nous étions en attente depuis un an avec le CLSC avant de tomber sur la liste du CRDI. En tout, nous avons attendu 1 an et 9 mois avant de recevoir des services du public.

Je n’ai pas exploré davantage ce qui était offert puisque le quotidien avec Vincent se passe relativement bien. Il va à la garderie dans un milieu familial connu et a une belle relation avec sa sœur. Il fait peu de crises et il a une attitude «Roger-bon-temps» quand même assez surprenante!

J’appréhende toutefois son entrée à l’école…

Et la fratrie là-dedans? Est-ce que ça se passe bien? Quel genre de relation y a-t-il entre Vincent et Renée?

Vincent et Renée sont en symbiose! Haha! Ils ont vraiment une belle complicité et je sens que c’est cette belle relation qui a aidé Vincent à s’épanouir et à s’ouvrir à son environnement.

Renée vit parfois de la frustration par rapport à son frère, surtout lorsqu’on doit mettre fin à des sorties ou des activités spéciales parce que Vincent devient trop difficile à gérer. En même temps, elle adore jouer avec lui et le guide dans le jeu. C’est vraiment beau de les voir aller.

Contrairement à Vincent, Renée a un développement qui peut sembler parfois en avance sur les autres. L’écart entre les deux est donc considérable. Je suis persuadée que c’est en grande partie grâce à elle que Vincent fait des progrès sur tous les plans de son développement.

Tout est temporaire. Il faut essayer de voir le beau dans tout et d’en profiter parce que ça ne repassera pas. Tout finit par passer et demain ça ira mieux. You got this. – Kaylynne Johnson

Réfugiée climatique

Au cours de l’année, vous avez été affectés par les inondations. Je comprends que vous vivez présentement dans un chalet, mais que c’est temporaire. Comment ça se passe ces transitions pour Vincent? Pour la famille?

Je pense que c’est pour Renée que c’est le plus difficile! Elle s’ennuie de sa chambre, de ses choses, de sa routine. Elle est tannée de faire de la route matin et soir (la garderie est à 40 minutes de notre lieu de résidence temporaire), de souper tard, etc.

Pour Vincent, c’est difficile à dire. Il fait peu de crises et s’exprime peu par rapport à ses émotions, il faut donc que j’observe attentivement les signes: est-ce qu’il est plus difficile à coucher? Est-ce qu’il est impliqué dans plus de conflits? Est-ce qu’il mange moins? Est-ce qu’il a plus de manifestations de ses comportements restreints?

Je crois qu’il s’est adapté assez rapidement à son nouvel environnement puisque ses repères principaux sont demeurés les mêmes, à savoir son entourage immédiat.

Sinon, moi je trouve ça vraiment difficile par bouts! Haha! Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas le fait de savoir que ma maison sera démolie qui m’affecte le plus, mais d’être à la mercie d’un système bureaucratique qui étire les délais sans prendre en considération l’impact que ça peut avoir dans nos vies.

Par exemple, nous savons que nous allons nous construire une nouvelle maison. Le choix est fait, le terrain est acheté et le financement est signé avec notre institution bancaire. Par contre, pour débloquer les fonds de notre prêt hypothécaire, notre institution exige une lettre du Ministère de la sécurité publique mentionnant les montants que nous recevrons comme allocation de départ.

Cette lettre a été postée début juillet et au moment d’écrire ces lignes (fin août) nous ne l’avons toujours pas reçue. Tout stagne, à cause d’une petite lettre. T’sais, faxez-là au pire! Haha!

Pendant des mois, nous ne savions pas si nous allions avoir droit à l’allocation de départ ou si nous allions devoir rénover notre maison. Dans le cas d’une inondation, chaque jour compte pour éviter la propagation de moisissures. Mais nous ne pouvions pas faire de travaux sans savoir si nous allions devoir quitter ou non. C’est l’incertitude qui est difficile. C’est ça qui est vraiment éreintant.

Parce que notre sort est vraiment moins pire que celui de plusieurs de nos voisins. Nous avons la chance d’avoir un toit sur notre tête et nous n’avons pas à payer notre hypothèque en plus d’un loyer, comme c’est le cas pour d’autres. Tout le monde est en santé, nous savons déjà ce qui nous attend et c’est un nouveau départ pour notre famille. Je me concentre sur le positif quand je sens que je perds patience ou que l’angoisse monte.

Mais j’ai vraiment hâte d’être chez nous! Haha!

Depuis l’entrevue, Kaylynne et sa famille ont reçu la fameuse lettre.

Elle parle de ce qui s’en vient dans ses stories Instagram. Le magasinage pour la nouvelle maison est commencé.

Le beau

Et le beau. Qu’est-ce que le TSA t’a appris de beau? Est-ce qu’il a amené quelque chose de bien pour toi? Pour ta famille?

Plein de choses! Vraiment! Voir les choses à travers les yeux de Vincent, c’est les redécouvrir à l’infini.

Il m’a également appris l’humilité parentale, si je peux dire. Renée est une enfant exceptionnelle qui a toujours été ma zone de sécurité. Elle a fait ses nuits rapidement, mange de tout, a un vocabulaire surprenant pour une fille de son âge et épate tout le monde. Comme parent, c’est vraiment réconfortant! Même que j’en étais venue à me dire «crime y’a rien là être parent, de quoi les autres se plaignent?» Heureusement que Vincent est là pour me remettre les pendules à l’heure! Haha!

Plus que tout, Vincent m’amène dans le moment présent. Je ne peux jamais prévoir son comportement, alors le mieux que je puisse faire c’est de l’accompagner avec bienveillance et d’être présente pour lui.

Il commence tout juste à s’exprimer verbalement, assez pour que son entourage et d’autres adultes le comprennent. C’est captivant de voir les bonds qu’il fait au niveau du développement de son langage.

De plus, son retard de langage m’a amenée à observer ses comportements pour identifier ses besoins. Et c’est quelque chose que j’ai également pu mettre en place avec Renée.

En gros, Vincent a fait de moi une meilleure mère et une meilleure personne.

Pour rester dans le thème du beau. Quelle est la plus grande qualité de ton fils? Celle qui le rend vraiment spécial à tes yeux?

C’est dur à dire, il y en a tellement! Si je devais choisir une seule chose, je dirais sa capacité à être entièrement dans le moment présent.

Vincent est un garçon enjoué qui aime rire et qui ne se tracasse avec rien. Il a un potentiel énorme qui ne demande qu’à s’exprimer. C’est beau de le voir aller.

S’écouter

Avant d’être une maman, tu étais une femme. Est-ce que tu prends le temps de prendre soin de toi au quotidien? Comment?

C’est plus difficile maintenant avec notre situation de réfugiés climatiques! Puis je crois que je suis quelqu’un qui a peu de besoins, à la base.

Mais la chose que j’essaie de faire le plus, c’est de m’écouter.

Parfois j’ai des journées vraiment chargées et exigeantes, une routine prenante à la maison et pourtant je ne sens pas que je manque de temps pour mois. Alors que d’autres fois j’ai vraiment besoin de ma bulle et j’attends juste que les enfants soient couchés pour un petit Netflix and chill.

J’ai surtout besoin de beaucoup de temps seule et le fait de travailler seule, à la maison (en temps normal, on s’entend!) me nourrit énormément. C’est comme si mon me-time, c’était moi qui travaille à mon rythme, sans personne autour.

Est-ce qu’il y a quelque chose que la maman d’aujourd’hui aimerait dire à la maman d’avant?

Tout est temporaire. Il faut essayer de voir le beau dans tout et d’en profiter parce que ça ne repassera pas. Tout finit par passer et demain ça ira mieux. You got this.

Le mot de la fin

Kaylynne Johnson est une maman et une femme magnifique. J’espère que cette rencontre, même virtuelle, vous a plu autant qu’à moi.

Vous pouvez la suivre via Instagram, parce que sa page Facebook professionnelle est présentement fermée (une autre de ses péripéties de 2019). Elle est présentement en train de développer de nouveau projets et transformera peut-être son offre dans les prochains mois, restez donc connectés pour en savoir plus. Kaylynne a fait parti du panel d’experts qui ont mené des conférences lors du WordCamp en 2019, mais aussi dans une édition précédente. C’est donc fort probable qu’elle s’y retrouve encore dans de futures éditions. Si le web vous intéresse, c’est une ressource fantastique.

Des suggestions pour de futures entrevues avec une maman qui vit une situation particulière? Envoyez moi un message privé.

Kaylynne Johnson est une mère et une femme magnifique. Dans cette entrevue, elle nous parle avec douceur et authenticité de ses enfants, mais aussi de sa vie professionnelle et personnelle, sans filtre. #résilience #maman #femme #pigiste #TSA #autisme #innondations

 

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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