Décès
Famille

Les grands-pères qu’ils n’ont pas

Mes enfants n’ont pas de grands-pères. Ils ne les ont jamais rencontrés ou même entendu leur voix. C’est étrange quand je pense à ça, parce que moi, j’ai connu les deux miens. Il y en a même un qui habitait la maison d’à côté.

Même si ça fait plusieurs années que j’ai perdu mon père, il me manque encore souvent. Je pense encore à lui à chaque jour et je lui parle.

Voici notre histoire de la fête des pères.

Mon père

Mon père était un homme bon et généreux. Il était aussi drôle et énergique. Il était celui qui était toujours disponible pour aider. Malgré son emploi et ses projets, il était incapable de dire non à un ami dans le besoin.

Je crois qu’il était hyperactif ou quelque chose, il n’arrêtait jamais. Je ne peux pas dire qu’il était très disponible pour qu’on ait des conversations ensemble, mais en même temps, je le sentais là. Quand je fouille dans ma tête, j’ai des milliers de souvenirs qui surgissent. Des moments partagés où on avait du plaisir en famille. Je ne me rappelle pas d’avoir eu un gros conflit avec lui, même à l’adolescence. Bien sûr, nous n’étions pas toujours sur la même longueur d’onde, surtout quand il me demandait d’aller nourrir et nettoyer l’enclos des poulets… Mais ce n’était pas routinier. Il faisait sa petite affaire avec sa fermette et ses projets et quand il était à la maison, il était souriant et blagueur. Il chantonnait tout le temps, comme son père.

Le départ

Puis un jour, il est parti à l’urgence pour un mal de tête qui l’assommait depuis un certain temps. Tout a basculé après ça. De l’urgence, il a été transféré à un plus grand hôpital. Il a passé plusieurs mois là-bas. Ma mère était l’ombre d’elle-même.

Pendant ces longs mois, nous avons appris qu’il avait une tumeur au cerveau, qu’il devait être opéré d’urgence, que de la radiothérapie devait suivre pour avoir le plus de chances possibles de détruire la tumeur complètement. Il a donc été hospitalisé très longtemps. Je me rappelle vaguement cette période. C’est étrange comme la mémoire fonctionne et efface les choses trop difficiles. Pourtant, j’avais 17 ans, j’étais assez vieille pour me rappeler.

Ce dont je me souviens par contre, c’est la tristesse qui nous habitait et l’inquiétude qui était si prenante. Il est revenu à l’été, après ses traitement. Il n’était plus aussi enjoué, ni vif. J’avais l’impression d’avoir perdu mon père déjà, alors qu’il était encore là. Puis l’automne est arrivé et le cancer est revenu. À ce moment-là, ce n’était qu’une question de semaines, de mois peut-être… Nous savions qu’il n’y avait plus rien à faire, même si l’espoir était toujours là. Une petite flamme vacillante qui espérait que la maladie ne progresse pas trop vite.

Le dernier départ

C’est en janvier qu’il est décédé. Ça faisait déjà quelques mois qu’il ne me reconnaissait plus. Ça me faisait si mal. Je me rappelle bien cette douleur. Mais je gardais les yeux secs quand ma mère était là, je voulais la soutenir du mieux que je pouvais parce que je savais que c’était elle qui souffrait le plus. Mon père souffrait, mais le fait que son cerveau soit atteint, les souvenirs de la souffrance n’était pas au rendez-vous. Les médicaments l’aidaient. Mais voir ma mère aller prendre soin de lui à chaque jour alors qu’il ne la reconnaissait pas toujours, c’était douloureux. Je voyais dans ses yeux à elle que l’espoir n’y était plus. Alors je devais la soutenir.

Mon père était fort, mon père était doux, mon père était amusant et mon père s’est éteint bien avant qu’il ne décède. J’avais 18 ans, la vie devant moi et un grand vide dans leur cœur.

Le deuil

Il m’a fallu un bon moment pour vivre pleinement mes émotions et pour me sentir moins anxieuse en retournant à la maison familiale. Tous ce que j’avais vécu pendant les quelques mois de la maladie de mon père se bousculait dans ma tête à chaque fois que j’allais visiter ma mère. Et je me projetais dans l’avenir, pensant à tous les événements importants qu’il manquerait.

Puis le sentiment d’absence s’est estompé avec les années. Il a laissé place à un genre de paix, sauf à certains moments significatifs où le souvenir revenait plus présent et plus fort. À ma graduation, quand j’ai décroché mon premier contrat d’enseignante, à mon mariage (oh que ça a été difficile!), à la naissance de mes enfants… Tous ces grands et petits moments de la vie qui rappellent l’absence et le vide.

Dans une autre vie, Papa, j’aimerais te reprendre comme père. – Bernard Weber

Mon amoureux

Un jour, j’ai rencontré un homme. Il était drôle, il était maladroit et un peu gêné. Ça a cliqué tout de suite. On s’est plu et on s’est adopté. C’était en janvier. J’avais 24 ans et lui aussi.

C’est drôle ces surprises que la vie nous fait. Quand nous avons appris à nous connaitre, on a réalisé que lui non plus n’avait plus de père. Le sien était décédé bien plus longtemps avant le mien. Il ne l’avait pas vraiment connu. Il n’avait que 3 ans. Sa mère avait tenu le rôle de pilier de la famille toute ces années élevant seule deux enfants en bas âge. Cet homme était l’homme de sa vie. Elle a donc entretenu, pour ces enfants, cette image d’un homme plus grand que nature, chaleureux, attentionné et bon.

Quand j’ai rencontré mon amoureux, qui est maintenant mon mari, il avait en lui l’image d’un père bienveillant, malgré son absence.

Qu’est-ce qu’un grand-père?

Il ne m’était jamais venu à l’esprit d’éduquer mes enfants sur le concept de « grand-père » puisqu’ils n’en avaient pas. Un jour, mon fils revenait de la garderie où il avait rencontré le grand-papa d’un de ses amis de classe. Il m’a dit: « Mais il est moins grand que Papa. » Je me suis dit que j’avais beaucoup de chemin à faire pour lui expliquer qu’un grand-père ce n’était pas un père grand.

À ce jour, je ne crois pas qu’il ait compris encore le principe. C’est très abstrait pour lui étrangement. Il est capable de comprendre tellement de choses pourtant. Il sait ce que sont une grand-maman ou une mamie, mais ne fait pas le lien avec le grand-papa.

La prochaine étape sera sûrement d’aller « visiter » nos pères au cimetière pour permettre aux enfants de visualiser un peu mieux où ils sont partis.

Mais s’ils étaient encore là?

Je me rappelle clairement que dans les jours qui ont suivi le décès de mon père, je l’ai senti plus présent dans la maison familiale. C’est comme si j’allais me retourner et le voir apparaitre. Sans vouloir me lancer dans une grande théorie ésotérique, j’avais vraiment le sentiment qu’il veillait sur nous. Nous avons pu rire et sourire plus que nous ne l’avions fait depuis longtemps. On sentait une légèreté qu’on n’avait pas sentie depuis plusieurs mois. Je ne suis pas la seule à avoir eu ce sentiment-là, la plupart des gens qui étaient présents dans la maison durant ces quelques jours l’ont senti.

Mon coco de 4 ans s’est réveillé à quelques reprises en criant grand-papa dans les dernières années. Je n’ai jamais vraiment compris d’où il tenait ce mot. Avec ses troubles de langage, c’est très rare qu’il va sortir des mots « inventés » de cette complexité. Comme nous ne parlons pas de grands-pères au quotidien avec lui, je ne comprends pas du tout d’où ça vient. Ma seule explication serait donc qu’il ait reçu la « visite » d’un grand papa dans son sommeil. Et si c’était possible?

La fête des pères

Pour plusieurs des raisons que j’ai énumérées plus haut, chez nous, la Fête des Pères prends une dimension très particulière. Elle célèbre nos pères absents mais encore présents. Et aussi nos mères qui étaient là pour deux. Elle célèbre mon mari, qui a appris à être père sans modèle. Elle célèbre la bienveillance et la douceur, l’amour et la joie de ces hommes qui ont fait partie de nos vie trop peu de temps pour serrer nos enfants dans leurs bras, mais qui ne les aiment sûrement pas moins d’où ils sont.

Bonne Fête des Pères à tous les papas, présents ou non, ici bas ou là haut. Plein de douceur à vous et merci pour tout!

 

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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