Mongol est un mot qui a longtemps servi à désigner les gens qui vivent avec la trisomie 21. Même si c'est un mot désuet, il fait encore partie du vocabulaire de certaines personnes, dans des expressions comme "C'est ben mongol!". J'ai décidé d'exprimer la réflexion que j'ai faite là-dessus. #semainedeladéficienceintellectuelle #journéemondialedelatrisomie21 #trisomie21 #downsyndrome #expressions #réflexion #motsdifficiles
Trisomie 21

C’est ben mongol! Réflexion personnelle sur les superlatifs

C’est ben mongol! est un texte personnel. Il se veut une réflexion inspirée du moment en lien avec des expressions utilisées couramment dans notre société. Le but n’est pas de blesser, choquer ou dénigrer, mais bien de faire réfléchir. Parce que depuis que je suis maman d’un enfant différent, je me questionne plus sur la portée des mots et même des silences. C’est très volontaire de publier ce texte aujourd’hui puisque la semaine prochaine se tiendra la Semaine Québécoise de la déficience intellectuelle et le 21 mars prochain se tiendra la Journée Mondiale de la Trisomie 21. J’ai d’ailleurs déjà écrit des textes par le passé sur ces thèmes et je vous invite à les lire :

Depuis que mon fils est né avec une trisomie 21, mon regard a changé. Mais pas seulement ça. Mes oreilles aussi. C’est pour ça que j’ai un petit pincement des fois quand je lis ou j’entends « C’est ben mongol! » en parlant de quelque chose de dérangeant, de surprenant ou de vraiment très amusant! Les personnes qui utilisent cette expression-là le font spontanément, sans méchanceté ou arrière-pensée. Elles le font simplement parce que ça fait partie de leur vocabulaire quotidien. Je le sais, j’ai déjà utilisé l’expression, avant. Maintenant, je ne l’utilise plus.

Le sens des mots

Les expressions courantes viennent toujours de quelque part. Sans connaitre toute l’histoire de l’expression « c’est mongol », je peux m’imaginer que ça vient pas mal de la même place que « c’est fou! » et « c’est malade mental! ».

C’est fou!

Quand j’entends quelqu’un dire « c’est fou! », et même quand je l’utilise, maintenant, des fois, j’ai une petite pensée pour les personnes qui ont reçu un diagnostic de « folie » dans le passé. Une personne était « folle » quand elle voyait ses facultés intellectuelles affectées pendant une période plus ou moins longue. Elle pouvait même être internée dans un hôpital psychiatrique pour ça. Avec une dépression, j’aurais probablement pu être internée d’ailleurs sous un diagnostic de folie à une certaine époque. Je le sais que c’est intense comme réflexion, mais ça me passe par l’esprit des fois quand je dis « c’est fou » dans une publication ou dans un texte. Je réfléchis à la nécessité d’utiliser ces mots-là, dans ce contexte-là et l’interprétation qu’on pourrait en faire.

C’est mongol!

Pourquoi j’en suis venue à me questionner là-dessus? Parce que je pense que ça peut être la même chose pour « c’est mongol ».

Si on s’arrêtait à se trouver sur le sens du mot. Il y a un bon moment, un mongol, c’était quelqu’un né avec la trisomie 21. Faute d’avoir un meilleur mot pour ça, les médecins utilisaient parfois le mot « mongol » pour faire référence aux traits physiques présentés par les gens vivant avec la trisomie 21. Avec le temps, le mot est devenu désuet, puis abandonné par la médecine.

À l’occasion, on entend encore « mongol » pour désigner des personnes vivant avec le syndrome de Down, mais c’est de plus en plus rare. C’est parfois parce que les gens tentent de vulgariser à l’extrême, sont mal informés ou manquent de vocabulaire.

Ceci étant dit, l’expression « c’est mongol » peut être choquante pour un proche d’une personne vivant avec la trisomie 21. Parce qu’en entendant ça, elle peut ressentir une dérision ou un manque de respect par rapport à son proche ou même autre chose. Peu importe, ces émotions sont tout à fait valides.

Je pense que des mots comme « fou » ou « mongol » ont été ajoutés aux expressions populaires pendant une période où ça faisait encore peur. Parce que l’inconnu et l’inexplicable fait peur. De la même façon que les mots d’église ont commencé à parsemer le vocabulaire populaire à une période où la religion faisait encore peur. Et c’est resté.

Le pouvoir des mots

À part un pincement, je ne vais pas être choquée par l’utilisation de l’expression, pas plus que je ne le serai si quelqu’un utilise « c’est fou » à côté de moi. Je sais qu’en utilisant ces mots-là, la personne ne parle pas de mon fils ou de moi. Je sais que ces mots n’ont aucune intension malveillante, ils font simplement partie du vocabulaire.

Pourquoi faire un billet là-dessus d’abord?

Parce qu’il y a eu tout un débat dans les dernières années sur l’utilisation des mots de ce genre. Particulièrement du côté anglais avec le mot « retard », « it’s so retard! ». Expression qui vient sûrement de la même place que « c’est mongol » d’ailleurs.

Parce que je voulais pousser les gens à réfléchir avant d’utiliser ces mots, comprendre l’impact que ceux-ci pouvaient avoir sur les autres. J’avais envie de souligner que derrière ces mots, il y a aussi une histoire, des gens qui ont souffert d’être diminués dans leur différence ou ridiculisés. Parce que les références sont faites envers des gens qui ne s’en défendront pas nécessairement. Parce que quand on est pris dans un tourbillon d’émotions après la réception d’un diagnostic, on peut mal réagir à des mots anodins comme ça et que c’est tout à fait valide.

Je tenais à utiliser ma tribune pour dire que, même sans arrière-pensées malveillantes, les mots peuvent blesser sans que vous le sachiez et que c’est parfois important de vous arrêter et de vous questionner sur le pourquoi. Tout simplement.

Conclusion

J’aurais pu faire une liste interminable de mots ou d’expressions qui peuvent déranger sans qu’on le sache vraiment.

L’impact de ce qu’on dit peut-être grand et parfois même, plus grand encore que ce qu’on pourrait imaginer.

Avant d’utiliser des mots sensibles, ce serait donc important de se questionner sur la raison qui nous pousse à les utiliser. Si on se rend compte qu’on a troublé quelqu’un par nos mots, le silence n’est pas toujours le meilleur allié. Nommer les choses, demander à l’autre si on l’a blessé, vérifier si c’est quelque chose qui le dérange, ouvrir une discussion, sera sûrement apprécié.

L’inverse est aussi vrai d’ailleurs : si des mots vous dérangent, dites-le à votre entourage. Expliquez ce qui se cache derrière votre malaise. Les non-dits font souvent plus de dommages que des discussions franches et ouvertes faites dans le respect.

Y a-t-il des mots utilisés couramment par votre entourage qui vous dérangent? Vous êtes-vous déjà questionné sur l’impact que les mots peuvent avoir atour de vous?

Mongol est un mot qui a longtemps servi à désigner les gens qui vivent avec la trisomie 21. Même si c'est un mot désuet, il fait encore partie du vocabulaire de certaines personnes, dans des expressions comme "C'est ben mongol!". J'ai décidé d'exprimer la réflexion que j'ai faite là-dessus. #semainedeladéficienceintellectuelle #journéemondialedelatrisomie21 #trisomie21 #downsyndrome #expressions #réflexion #motsdifficiles

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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