Mélissa Boulanger. Recevoir Mélissa en entrevue est du pur bonheur. Elle parle de son entreprise, Technique MEBP, mais aussi de sa vie de maman et de femme. #TechniqueMEBP #TSA #Autisme #besoinparticuliers #enfantsbesoinsparticuliers #anxiété #anxiétéchezenfant #massothérapie
Entrevue

Mélissa Boulanger: Entrepreneure rayonnante

Les médias sociaux permettent toutes sortes de rencontres. Mon chemin a croisé celui de Mélissa en 2018, peu de temps après le lancement de mon blogue. J’ai commencé à suivre ses projets et j’ai réalisé qu’elle était aussi maman de deux enfants ayant reçu un diagnostic de TSA. En plus d’être entrepreneure.

Sa fiche de route est très particulière puisqu’elle a élaboré toute une nouvelle technique de massage pour enfants à besoins particuliers et qu’elle enseigne maintenant cette méthode à d’autres massothérapeutes. Sur Instagram, on la voit parcourir l’Europe pour donner ses formations. C’est vraiment une femme inspirante, que j’ai eu envie de vous présenter via une entrevue.

Mélissa Boulanger, femme, maman et entrepreneure passionnée

Bonjour, Mélissa. C’est un peu étrange de faire ça comme ça puisque c’est une entrevue par courriel, mais j’ai envie de te demander de te présenter en quelques mots.

Bonjour Karine,
Oui en effet c’est un peu étrange, mais j’aime bien!

Ok alors me voici : Mélissa, 40 ans, mariée avec un homme exceptionnel depuis 3 ans, mais nous sommes amoureux depuis 23 ans, maman de deux enfants extraordinaires dans tous les sens du terme et entrepreneure passionnée!

On ne s’est jamais rencontrées. J’aimerais beaucoup que tu expliques comment tu es venue à développer ta technique de massage pour enfants.

C’est grâce à mes enfants que j’ai développé la Technique MEBP®.

Il y a six ans (2 ans après le diagnostic d’autisme de mon plus jeune), j’ai entamé les démarches pour devenir massothérapeute pour enfants à besoins particuliers. Cette réorientation de carrière a été une des meilleures décisions de ma vie. Par contre, je savais depuis le début de mes études en massothérapie que je devais concevoir des outils adaptés afin de pouvoir répondre à leurs besoins spécifiques; tant au niveau de la communication et de l’approche, de la structure du massage et de leurs préférences sensorielles.

Au fil des années comme maman d’enfants autistes, j’ai suivi une panoplie de formations qui m’ont aidé à adapter la séance de massage avec des outils visuels (routine de massage) et des repères de temps. La Technique MEBP® se donne au sol, sur les vêtements, alors l’enfant n’a pas à se déshabiller.

Ce n’est pas n’importe quel massothérapeute qui peut offrir un massage aux enfants à besoins particuliers. Cela prend une bonne connaissance des caractéristiques et des besoins spécifiques de ces enfants.

Comment en es-tu venue à donner des formations en Europe? Est-ce que tu formes aussi des massothérapeutes au Québec?

J’ai commencé la formation au Québec en 2016 après la parution d’un article sur la Technique MEBP® dans LaPresse+. J’ai reçu une grande demande de massothérapeutes voulant se former.

Je me suis lancé dans la conception de la formation afin de bien encadrer ce nouveau type de massage.

J’ai débuté la première cohorte au printemps 2016 dans une école de massothérapie réputée de Montréal. Les groupes se sont enchainés à la vitesse grand V au Québec.

Pendant ce temps, j’ai envoyé plusieurs courriels à des écoles de massothérapie en France, en Suisse et en Belgique.

La Suisse a été le premier pays à vouloir accueillir ma formation et les autres ont suivis par la suite. C’est un grand bonheur pour moi de faire voyager ma technique afin de la rendre disponible à plus d’enfants à besoins particuliers.

Le beau, il y en a énormément. Il y a plus de beau que de pas beau!

J’ai appris à respecter la différence, à apprivoiser les moments de tristesse et de découragement, à persévérer malgré les embuches, à m’accepter comme je suis et même à me considérer comme une bonne mère!

Pour ma famille, l’autisme nous a unis, nous a rendus plus forts, nous a forcés à mieux communiquer, nous a permis de créer une complicité indestructible.

Tout ceci est possible, car nous n’avons jamais vu l’autisme comme une maladie (ce que ce n’est pas de toute façon) ou quelque chose à « modifier » chez nos enfants. Nous voyons l’autisme comme une façon d’être tout simplement. À nous de s’adapter et de les aimer comme ils sont 😊 – Mélissa Boulanger, en parlant de ce que le TSA apporte de beau

Vie de famille

J’imagine que tes premiers clients/cobayes ont été tes enfants. Parle-nous d’eux un peu. Qui sont-ils?

Ils ont été en effet mes premiers cobayes 😉

Je parle de moins en moins d’eux, car ils vieillissent et n’aiment plus que je partage leur parcours.

Je vais m’en tenir à dire que mon plus jeune (communément appelé Minou) a maintenant 12 ans et il est un naturaliste. Sa passion pour les animaux et la nature est vraiment admirable. Il veut être biologiste plus tard!

Mon plus vieux (communément appelé Mon Grand) est rendu à 15 ans. Magnifique ado dans tous les sens du terme, il aimerait être policier.

Quand avez-vous commencé à suspecter un TSA pour vos enfants? Que connaissiez-vous de l’autisme avant que ça entre dans vos vies?

Nous avons consulté quand Minou avait 4 ans, car nous suspections un TDAH. Après une rencontre d’évaluation avec une psychologue (au privé), nous sommes allés consulter en neuropsychologie (au privé) sur sa recommandation. Jamais nous n’avions en tête l’autisme… Nous étions complètement dépourvus quand le diagnostic nous a été annoncé.

Avec 2 ans d’attente au public pour avoir de l’aide, nous nous sommes (encore) tournés vers le privé.

C’est grâce à tous les sacrifices financiers que nous avons faits que nos garçons ont eu l’aide appropriée dans les premières années.

Lorsque nous avons rempli les questionnaires pour l’évaluation de Minou, nous nous sommes rendu compte que plusieurs caractéristiques s’appliquaient aussi à Mon Grand… Donc nous avons recommencé le processus d’évaluation (au privé…) pour lui.

Mon entrée dans le « monde » de l’autisme a été un choc, mais ce « monde parallèle » est devenu vite devenu notre « monde ».

À la maison, au quotidien, qu’est-ce que ça implique de vivre avec un enfant ayant un TSA? Quelles adaptations devez-vous faire pour que ce soit plus doux?

Ouf, pas où commencer… Nous sommes tellement habitués de vivre avec toutes les adaptations que c’est difficile de prendre du recul pour les nommer!

Les routines visuelles font partie du quotidien pour faciliter le départ et l’arrivée de l’école.

L’explication des concepts abstraits par exemple l’amitié ou la réussite scolaire se fait à l’aide du Langage Conceptuel. En passant, la formation SACCADE est un must pour tous les parents d’enfants autistes. Cette formation devrait être offerte gratuitement lors de la remise du diagnostic afin de comprendre les caractéristiques de nos enfants.

Notre « filtre du langage littéral » s’active automatiquement afin de prévenir les sous-entendus et la mésinterprétation des expressions ou dictons.

Nous évitons les imprévus et les surprises. Si jamais cela arrive tout de même, nous devons prévoir un temps de transition avec idéalement un support visuel.

Nous évitons le plus possible les endroits où il y a beaucoup de stimulation sensorielle. Les grandes fêtes d’amis, les évènements bruyants, etc. font augmenter l’anxiété de Minou et peuvent aboutir à une surcharge sensorielle.

Présentement, recevez-vous encore des services pour eux? Est-ce qu’ils vont dans une école adaptée ou ils sont inclus dans une classe « régulière »?

Nous avons présentement de l’aide du CRDI. Une éducatrice spécialisée (la meilleure de l’univers!!!) nous aide à installer des outils pour faciliter notre quotidien. C’est une personne très importante pour tous les membres de notre famille. Nous sommes privilégiés de pouvoir profiter de son expertise. Merci Amélie 😊

Minou va en classe de soutien émotif en secondaire 1. Ce n’est pas une classe pour enfants autistes, mais le fait qu’il y est des adaptations au niveau du matériel sensoriel aide beaucoup à moduler son excitabilité. Il y a seulement 12 jeunes dans la classe, une enseignante et une éducatrice spécialisée. Il vit beaucoup d’anxiété en ce moment et nous rencontrons l’équipe-école bientôt pour voir quelles autres adaptations apporter afin de l’aider.

Mon Grand est en classe régulière en secondaire 4 en concentration informatique. Il a toujours été en classe régulière car il a moins besoin d’accompagnement au quotidien. Les apprentissages ont toujours été difficiles pour lui, car il doit composer avec un TDAH. Nous essayons de l’outiller le plus possible pour son organisation et sa planification. L’éducatrice du CRDI nous aide à ce niveau aussi. Merci Amélie 😊

Comment est leur interaction entre eux? Quelle est leur relation? Est-ce qu’ils s’entendent bien? Préfère des activités en parallèle?

Ils s’entendent très bien!

Nous avons toujours favorisé le respect et la bonne entente depuis leur plus jeune âge.

Ils s’aiment d’un amour inconditionnel! Ils partagent quelques sujets d’intérêt (…Fortnite… et autres heureusement) et ils aiment bien passer du temps ensemble. C’est très beau de les voir jaser et partager ensemble!

Nous sommes fiers d’eux!

Comment vivent-ils tes départs pour le travail? Est-ce que c’est difficile? Comment organisez-vous tes départs?

Lors de ma première formation en Suisse, il y a 3 ans, c’était plus difficile. Mais depuis, nous sommes rendus des pros de l’organisation.

Je popotte des repas avant mon départ et les séparent en portion « soupers ». Je prépare un calendrier indiquant le souper du jour et lequel sortir du congélo pour le lendemain.

Ma mère vient chaque matin pour le départ pour l’école et ma belle-mère vient préparer le souper quelques fois par semaine. Nous sommes une équipe de feu et je leur dois la possibilité de voyager ainsi.

Les garçons sont bien contents, car ils passent plus de temps entre boys 😉 Les deux s’ennuient, mais de façon raisonnable. Mon Minou ne le démontre pas et ne le nomme pas. Mon Grand me le dit de temps en temps.

Ils sont maintenant habitués et ils sont fiers de mes accomplissements.

Une journée « typique » dans ta vie, ça a l’air de quoi?

Ouf!! Ok go!!

  • 6:00 – Je me lève tôt pour m’entrainer avant le réveil de la troupe. Depuis que je m’entraine chaque matin, mes douleurs au dos ont beaucoup diminué et je me sens plus énergique et joyeuse!
  • 7:15 – Je réveille Minou et je fais mon déjeuner.
  • 7:25 – Je re-réveille Minou et j’espère que Mon Grand va se lever par lui-même
  • 7:35 – C’est le last call pour Minou, il doit se lever et commencer sa routine
  • 7:45 – Je respire… Si Mon Grand n’est pas réveillé, je vais le tirer en bas du lit 😉
  • 8:30 – Entre plusieurs rappels, un peu de stress, un peu de café, un peu de lecture rapide de LaPresse+, les gars sont prêts pour attendre l’autobus. Ouf!!
  • 9:00 – Début de ma journée au bureau. J’ai la chance de travailler de la maison. Je fais majoritairement de l’administration pour la Technique MEBP : corrections de mes cours, comptabilité (yark!), marketing, développement de projets, planification et organisation de futures formations, etc………. Je dois structurer mon temps, car avec mon TDAH, j’ai de la difficulté à organiser mon horaire et j’ai tendance à papillonner d’une tâche à l’autre… Je sépare ma journée en bloc de travail selon les tâches à faire. Je les respecte plus ou moins (…ah un écureuil…), mais j’essaye le plus que possible de suivre mon planning.

12:30 – Diner et pause écran.

  • 13:30 – Retour au boulot sauf les mardis, car j’assiste au Cercle des Muses de Manon Lavoie. C’est un atelier de créativité en vidéoconférence qui me permet de faire le vide et d’exprimer avec mes mains mon ressenti, mes valeurs, mes émotions du moment, mes projets, etc. C’est un rayon de soleil dans ma semaine que de partager ce moment avec des femmes aussi passionnées que moi par l’art créatif.
  • 16 :00 – C’est mon moment à moi de moi! Je m’enveloppe d’une doudou et je m’installe avec une tisane pour une heure de lecture! Je suis une grande passionnée de livres, j’en ai partout dans la maison. Je suis « bookaholic »!
  • 17:00 – Arrivée de Minou et de mon mari. Préparation du souper
  • 17:45 – Arrivée du Grand et souper en famille
  • 18:30 – Soirée en famille le plus possible. Film, jeux de société, etc.
  • 21:00 – Dodo de Minou et mon chiffre est fini… Relaxation devant une série en compagnie de mon mari adoré!

 

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Reconnaître le beau

Et le beau. Qu’est-ce que le TSA t’a appris de beau? Est-ce qu’il a amené quelque chose de bien pour toi? Pour ta famille?

Le beau, il y en a énormément. Il y a plus de beau que de pas beau!

J’ai appris à respecter la différence, à apprivoiser les moments de tristesse et de découragement, à persévérer malgré les embuches, à m’accepter comme je suis et même à me considérer comme une bonne mère!

Pour ma famille, l’autisme nous a unis, nous a rendus plus forts, nous a forcés à mieux communiquer, nous a permis de créer une complicité indestructible.

Tout ceci est possible, car nous n’avons jamais vu l’autisme comme une maladie (ce que ce n’est pas de toute façon) ou quelque chose à « modifier » chez nos enfants. Nous voyons l’autisme comme une façon d’être tout simplement. À nous de s’adapter et de les aimer comme ils sont 😊

Pour rester dans le thème du beau. Quelles sont les principales qualités de tes enfants? Celle qui les rend vraiment uniques?

Mon Minou c’est une bombe d’énergie et de créativité. Avec lui, c’est intense et on ne s’ennuie pas. Il est très curieux et adore apprendre de nouvelles choses. Il nous impressionne par son intelligence et sa vivacité d’esprit. Grand charmeur (sans le vouloir/savoir), les gens s’attachent à lui rapidement!

Mon Grand est de nature réservée. Un introverti avec une grande sensibilité. Il est un ado d’une douceur exceptionnel. Il est toujours prêt à aider et rendre service lorsqu’on lui demande. Il a un grand talent d’imitateur et il peut réciter plusieurs passages de films à la perfection. Nous sommes chanceux d’avoir un garçon d’une telle gentillesse!

Avant d’être une maman, tu étais une femme. Est-ce que tu prends le temps de prendre soin de toi au quotidien? Comment?

J’ai compris rapidement que je devais prendre soin de moi si je voulais rester fonctionnelle pour aider mes garçons.

Chaque jour, je prends une heure pour lire (voir plus haut 😉). J’essaie de me faire masser une fois par mois… quand j’y pense et que j’ai le temps…

Avec mon mari, on s’organise des soupers d’amoureux de temps en temps et on s’assure de toujours faire attention l’un envers l’autre. Depuis 23 ans que je partage ma vie avec lui, c’est la plus extraordinaire personne que je connais. Il est mon partenaire de vie, le meilleur papa au monde, mon « manager », mon complice, mon amour!

Nous avons consulté quand Minou avait 4 ans, car nous suspections un TDAH. Après une rencontre d’évaluation avec une psychologue (au privé), nous sommes allés consulter en neuropsychologie (au privé) sur sa recommandation. Jamais nous n’avions en tête l’autisme… Nous étions complètement dépourvus quand le diagnostic nous a été annoncé. – Mélissa Boulanger, en parlant du diagnostic de son plus jeune

Est-ce qu’il y a quelque chose que la maman d’aujourd’hui aimerait dire à la maman d’avant?

Oh oui!!

Il y a des hauts et des bas.

Tu es en bas de la vague lorsque ça va mal, qu’il semble ne pas avoir de solution, que tu es à bout de ressource pour aider tes enfants, etc.

Ne désespère pas, ne te décourage pas, car le creux de vague est temporaire.

Le haut de la vague reviendra et de fois en fois, d’une vague à l’autre, le creux sera moins profond.

Sois fière de toi et de ton parcours de « maman différente » et profites-en pour leur faire des câlins, surtout à Minou, car plus tard, il n’en voudra plus du tout!!

Vivre son rêve

Et si je te laissais le mot de la fin?

Je suis dans une belle période de ma vie! Je m’épanouis personnellement et professionnellement. Je ne suis pas gênée de le dire. J’ai tellement travaillé pour y arriver!

Merci Karine pour cette entrevue, ça m’a fait un bien fou xxx

Mélissa Boulanger. Recevoir Mélissa en entrevue est du pur bonheur. Elle parle de son entreprise, Technique MEBP, mais aussi de sa vie de maman et de femme. #TechniqueMEBP #TSA #Autisme #besoinparticuliers #enfantsbesoinsparticuliers #anxiété #anxiétéchezenfant #massothérapie

Karine Guy

Maman de trois jeunes garçon, Karine est la reine de la maison de sa famille atypique et parfaite. Écrire est pour elle un moyen de cheminer à travers la résilience et l’adaptation. Elle croit que de nommer les choses est un moyen puissant pour sensibiliser à la différence, mais aussi pour grandir.

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